M. Abel Mansuy, prestigieux fondateur du Lycée Français de Varsovie

Fondateur et directeur du lycée Français de Varsovie, découvrez la biographie d’Abel Mansuy écrite par son petit-fils.

Monsieur Abel Mansuy est né le 13 mars 1873 dans le petit village de Frénois, au nord de Dijon. Ses parents Alexandre Mansuy, instituteur et Adrienne Thiébaut sa femme, le dirigèrent, dès qu’il fut en âge, vers Nancy, centre culturel très important, parce que capitale historique de Stanislas Leszczynski. Il y fit donc toutes ses études, jusqu’à l’Université. Il y rencontra Suzanne Lefèvre, native de la Somme, avec laquelle il se maria en 1898.

Attrait vers la culture slave

Très vite la nature de ses études le conduira vers la culture slave. Aussi, diplômes en poche, le couple s’en alla-t-il à Varsovie, dans une Pologne russe, à seule fin de préparer une thèse de doctorat consacrée au passage de Napoléon en Pologne et en Russie. La mémoire de l’Empereur était encore alors extrêmement vivace dans les esprits.

Pour subvenir à son existence il demanda une place de professeur de Français au gouvernement d’alors. Il fut dirigé sur l’Institut Alexandre-Marie qui était une école de jeunes filles, en grande majorité russes. Profitant des nombreux temps libres qu’il avait à sa disposition, il visitait les bibliothèques et particulièrement celle de Krasiński. Puis survint une vacance à l’Université pour un poste de lecteur en français. Il fit la demande qui fut acceptée. Ce fut une période de sa vie extrêmement riche, tant par les connaissances qu’il engrangeait par les lectures de manuscrits et livres de toutes sortes, dénichés sur les rayons des bibliothèques que par l’arrivée dans son univers de gens importants et lettrés. il jouissait alors d’une autorité certaine, et d’autant de considération, à telle enseigne qu’on lui confia l’enseignement du Français, de la pédagogie, et de la méthodologie pour la formation de maîtres et maîtresses de français.

Première guerre mondiale

La première guerre mondiale l’obligea à quitter le pays pour revenir sur le sol français. Engagé dans la 10ème Compagnie du 52ème RI le 17 mars 1915, il fut dirigé sur Toul sur la ligne de front. Promu caporal, il fut héroïque et brave au milieu des obus, appelés des marmites, et qui tombaient de toutes parts. Il s’en sortira indemne jusqu’à ce qu’on le relève le 30 mars 1916.

Monté au grade d’adjudant il fut dirigé vers l’Etat major militaire car l’on recrutait des hommes sachant parler russe ou polonais. Avec le grade de lieutenant il fut dirigé vers la base de Cracovie. Mais aidé par ses amis fidèles qui l’avaient attendu il se retrouva vite sur les bancs retrouvés des bibliothèques, à travailler sa thèse sur “Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812”. Il s’avère que lorsqu’il fut appelé sous les drapeaux en 1914, le couple dû laisser son appartement avec toutes les ébauches du manuscrit. A leur retour tout avait disparu. Ce fut avec une rare obstination qu’il se remit à l’ouvrage.

Fondation du Lycée Français de Varsovie

C’est à ce moment que Monsieur Prolon, alors ministre de la culture au gouvernement songea à ouvrir à Varsovie une école pour les enfants des officiers et militaires français, alors nombreux en Pologne. Il reçut l’argent, les patronages nécessaires et dès 1919 l’École secondaire Française était fondée. Il y avait alors 70 élèves inscrits. Chaque année on ajoutait une classe. Ainsi, naturellement quand l’établissement eut assez d’ampleur il prit le nom de Lycée Français de Varsovie et Abel Mansuy en devint le Proviseur.

La moitié des enseignants venaient de France, le restant étant constitué par des Polonais ayant fait leurs études dans notre pays. Quant aux étudiants, ils étaient Français, bien sûr, mais aussi Tchèques, Polonais, hongrois, Anglais, Grecs, Américains. Les cours étaient dispensés en Français, à l’exception toutefois de l’Histoire et de la Géographie. L’année scolaire, en fin de cycle, se clôturait par le passage de l’examen du baccalauréat. un professeur de l’Université de Nancy venait présider le jury tandis que les diplômes étaient délivrés par le Recteur d’Académie de cette même ville.

Professeurs et élèves le surnommaient respectueusement « Jupîter » pour sa façon de diriger en « bon père de famille » tout en aplanissant les angles.

De nombreuses distinctions

Son épouse Suzanne fut toujours à ses côtés. Elle-même professeur de Français, elle exerçait dans le même établissement que son mari. C’est grâce à son travail remarquable qu’elle fut honorée des palmes académiques.

C’est en 1919 qu’Abel Mansuy reçut de Nancy sa nomination d’Associé correspondant de l’Académie Stanislas, ce qui faisait de lui l’Ambassadeur de la culture française avec la Pologne sous forme de manifestations les plus diverses : rencontres, conférences, échanges, correspondances entre les deux pays.

En 1923, il reçoit la Croix de Chevalier du président de la république Polonaise en tant que Directeur de l’école Française de Varsovie.

Il lui faudra attendre 1930 pour qu’enfin le volume, son Napoléon et la Pologne, soit présenté devant tout un aréopage de professeurs de la faculté de Strasbourg. Tant d’années passées, d’études, de désillusions, de volonté, avant d’y être enfin arrivé. Mais ce fut brillamment qu’il fut promu “Docteur ès Lettres”

Retour à la terre natale

Il n’existe pas de trace de manuscrit, quel qu’il soit qui mentionne la raison de son départ en 1932, pour rejoindre la terre natale. Il avait alors cinquante neuf ans, sans doute fatigué. Tous les deux, sa femme et lui, avaient sans doute pensé à leur avenir, leur retraite qui approchait. Ils avaient hérité d’un terrain à Contrexéville; ils avaient l’intention de construire leur villa. Il est logique de penser qu’ils avaient à préparer leurs vieux jours.

En cette même année, en 1932, au début juillet Abel recevait une somme de 1000 francs, part du Prix Thérouane délivré par l’Académie Française pour son “Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812” et parrainé par le Maréchal Lyautey.

Puis ce fut, fin juillet, Albert Lebrun, Président de la République Française qui le gratifie de la Croix de Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur avec cette citation :« Ayant servi le pays avec distinction et faisant mieux aimer la France dans ce Lycée Français de Varsovie où il a laissé dans la société Polonaise d’unanimes regrets lors de son départ”

Il retourna une fois encore à Varsovie, c’était en 1933 pour assister au congrès des Historiens. Il acheva sa carrière comme professeur au Lycée de Tourcoing de 1934 à 1936, date à laquelle il succomba à une crise cardiaque dans le train qui l’amenait de Tourcoing à Hazebrouk. Sa femme vécu chichement dans leur villa “Les Sylphes” et décéda le 14 juillet 1955.

L’écho est unanime : Monsieur Abel Mansuy a laissé dans les esprits sa douceur, sa pondération, son calme, une grande intelligence hors du commun qu’il savait prodiguer lors de ses admirables leçons.

Eric Mansuy, petit-fils d’Abel Manuy