Lancement du projet européen « Convoi 77 »

Vendredi 26 janvier 2018, à la veille de la Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, les élèves de première ont rencontré George Mayer, le président de l’association « Familles et Amis des déportés du convoi 77 » à l’origine du projet « Convoi 77 », afin d’inaugurer officiellement le lancement de ce projet au Lycée Français de Varsovie.

Georges Mayer, fils d’un des rares rescapés du dernier grand convoi de Drancy à Auschwitz, portant le numéro 77, nous a parlé de ce projet initié en 2015, dont l’idée est de retracer le destin des déportés individuels du convoi, en recherchant leurs traces, où ils sont nés, ont vécu et parfois émigré. Parmi les 1321 personnes de cet ultime convoi, 13% sont des Juifs de Pologne. Le Lycée français est le premier établissement en Pologne à participer à ce projet international qui a déjà démarré en France, en Belgique et en Turquie.

Les élèves de première ont été divisés en huit groupes et ont choisi parmi la liste des déportés huit personnes nées à Varsovie. Grâce à leurs recherches dans les archives locales et internationales, ils tentent maintenant, pour chaque personne déportée, de restaurer son environnement, de reconstituer son arbre généalogique et d’écrire sa biographie. Sortir enfin son visage de l’oubli et peut-être trouver des membres de sa famille.

Le projet est mis en œuvre en partenariat avec l’Institut historique juif et le Musée de l’histoire des Juifs polonais «Polin». Les élèves, sous la supervision de leurs professeurs d’histoire et de géographie MM. Franck Duhautoy, Gauthier Graslin, de leur professeur de français Mme Valérie Kuhn et de leurs professeurs de polonais M. Andrzej Subko et Mme Barbara Subko, se forment au travail de recherche de documents historiques, à l’analyse et à l’interprétation de ceux-ci, ce qui leur permet de localiser les faits connus dans le temps et dans l’espace. Ils sont comme des enquêteurs, et il leur faut alors déduire, avancer des hypothèses, les vérifier pour reconstituer la biographie la plus fiable possible du déporté.

La participation au projet est sans aucun doute l’occasion d’une connaissance active et innovante de l’histoire de la Shoah, grâce au suivi des histoires individuelles de personnes dont la vie est un exemple de processus micrométriques menant à l’Holocauste européen – l’exil, l’assimilation dans leur nouveau pays, la persécution, l’humiliation, jusqu’à la déportation dans des wagons à bestiaux à Auschwitz.

Le commentaire de Georges Mayer

« Le 26 janvier dernier, j’ai rencontré, au Lycée français de Varsovie, un groupe de lycéens ayant décidé de prendre part à notre “Projet Européen Convoi 77”. En présence du Proviseur et de quatre de leurs enseignants, j’ai présenté les objectifs de notre action, sa signification et ses implications. J’ai tenté de faire comprendre aux élèves mes motivations et le sens de ma démarche en tant que fils de déporté, préoccupé de la transmission de la mémoire.

Plus que dans tout autre pays, j’étais concerné par la façon dont notre projet serait compris et accepté par de jeunes Polonais. L’intérêt exprimé par les lycéens, leur concentration, le sérieux avec lequel il ont abordé le projet et plus que tout, la relation humaine qui a pu s’établir entre nous, viennent renforcer ma motivation et sont une preuve supplémentaire de la nécessité et de la faisabilité d’un tel projet.

Grâce à leur travail, la vie et le destin d’hommes, de femmes et d’enfants assassinés pour la seule raison qu’ils étaient juifs, seront reconstitués et portés à la connaissance de tous. J’émets l’espoir que la participation à notre projet sera, pour nombre d’entre eux, un moment particulier dont ils se souviendront quand ils seront devenus adultes. Car c’est à eux qu’incombera la lourde responsabilité d’écrire l’histoire de leur pays et de l’Europe. » (Georges Mayer)

Les commentaires des élèves

« C’était une réunion très intéressante, d’un côté M. Mayer montrait la Shoah d’un point de vue historique, et de l’autre, comme une histoire privée et intime à travers la biographie de son père. J’ai aimé l’idée de ce projet et cela m’a motivé à essayer de faire revivre les gens du Convoi. » (Maciej)

« Parmi les élèves, on pouvait voir la compréhension et la volonté de coopérer au projet. Deux côtés se sont rencontrés – le plus jeune avec le désir de découvrir quelque chose de nouveau dans l’histoire et le plus âgé avec le désir de transmettre aux autres la mémoire et la connaissance de ceux qui ne sont plus là. » (Marek)

« M. Mayer a partagé avec nous l’histoire de son père qui m’a beaucoup impressionnée. J’ai réalisé que les histoires individuelles des gens ordinaires sont une partie importante de l’histoire mondiale. Cela m’a permis de voir ce projet comme quelque chose de plus qu’un simple travail scolaire. » (Agomar)

J’aime l’approche par laquelle la biographie d’une seule personne est parallèle à l’histoire générale. Je pense que c’est un bien meilleur retour aux expériences les plus difficiles des gens, avec un détachement des accusations de culpabilité ou de négation des faits. (Philippe)

« La réunion m’a encouragé encore plus à poursuivre ma recherche : la passion de M. Mayer s’est avérée inspirante et contagieuse. » (Damien)

« La rencontre m’a permis de mieux comprendre les sentiments des personnes du cercle des descendants déportés dans le Convoi 77 et d’approfondir mon implication dans la mise en œuvre de ce projet. » (Małgosia)

« Je suis pleine d’admiration pour son implication dans une question aussi importante et je suis très heureuse que nous puissions le rencontrer afin de l’aider dans ce projet. » (Maja)

« Je regrette que nous n’ayons pas pu rester plus longtemps pour parler, avec M. Mayer, mais je le remercie beaucoup d’être venu nous voir de nous avoir consacré son temps. » (Weronika)

Pour en savoir plus :